Pour un développement non tronqué de la région Tanger-Tétouan-Al hoceima

El Moussaoui Noureddine

L’adoption d’une politique d’apaisement à même de mettre fin à la tension dans le Rif et colmater les brèches survenues par l’effet du Hirak et de ses ramifications, serait la condition sine qua nun pour un développement harmonieux de la région.

Clore le dossier du Rif a, par ailleurs, pour préalable la nécessité d’élaborer une politique réfléchie basée sur une analyse objective et scientifique en mesure de discréditer les apologistes du séparatisme qui restent minoritaires, mais du fait qu’ils évoluent à l’étranger font parfois l’objet de récupérations et de manipulations qui nuisent à la réputation du pays et estompent ses louables avancées tout en impactant négativement le dossier du Sahara.

Tourner la page de l’épisode du Hirak, suppose également des actions claires et fermes à l’encontre des Trouble-fête habitués à pêcher dans les eaux troubles, qui au nom de la défense des fondamentaux ne visent qu’à défendre leurs intérêts et maintenir leurs statuts.

Pour se maintenir et survivre, cette frange de privilégiés attise le clivage Rifains/ non Rifains et s’acharne à renforcer cette dichotomie en se démenant à installer un cordon de sécurité, une ceinture tampon à base éthnique.

Elle fait abstraction de toute une littérature- produit de penseurs marocains entre autres- qui démontre preuves à l’appui que la diversité éthnique et culturelle constitue un atout pour un développement intégré en mesure d’engendrer des effets d’entraînement au-delà de la stricte sphère géographique de la région.

De même, limitée intellectuellement, elle se trouve sous la contrainte d’opter pour des choix bornés ; et au lieu de faire preuve d’imagination et d’innovation pour répondre à une situation de crise, elle a brandi l’arme de la menace et réclamé la correction des protestataires qui ont manifesté pour plus de dignité et de justice sociale.

Son intervention est souvent indirecte et emprunte des voies sinueuses, alors que son action se fait par personnes interposées. Mais, les faits n’ont pas tardé à la démasquer au moins à deux reprises : lors du séisme qui a frappé la province d’Al hoceima en 2004 et à l’occasion des dernières législatives qui ont débouché sur la reconduction pour le seconde fois du parti justice et développement à la tête du gouvernement.

Le degré élevé de sa cupidité, n’a fait en fait que battre en brèche le « capital de confiance » dont jouissaient les institutions de l’Etat localement à un moment où tous les indicateurs confirmaient que les efforts consentis par l’Etat depuis l’intronisation du Roi Mohamed Six avaient consacré une vraie réconciliation : une réconciliation, portant sans nul doute l’empreinte et l’apport des nationalistes authentiques dont à leur tête le chef historique «Abderrahman Youssfi».

Dans ce cadre, le Hirak n’a-t-il démontré que ces pseudos leaders dépourvus de tout charisme n’avaient en réalité aucune assise populaire ? En s’entêtant à consacrer leur suprématie et à s’affirmer comme uniques interlocuteurs de l’Etat dans la région, ils se sont investi dans une véritable politique de déstructuration en écartant leurs rivaux potentiels par l’intimidation voire par d’autres procédés douteux. Ceci, a eu comme conséquence immédiate la désarticulation des institutions de médiation (Djemaa, Zaouia, notables, parti…) qui constituaient de véritables soupapes de sécurité.

En guise de conclusion, il est certes avéré que l’attractivité de la province de Tanger fait que la région dans son ensemble compte parmi les régions avangardistes et motrices de l’économie nationale.  Mais, la province de Tétouan qui reste non connectée au port-Med continue à subir avec acuité le manque à gagner dû au tassement du négoce avec Ceuta ; d’où l’urgence à imaginer des alternatives pour les milliers de citoyennes et citoyens dont les revenus proviennent essentiellement de la contrebande de subsistance.

Pour la province de Chefchaouen où l’indice des suicides est à la hausse, il est temps de mettre en œuvre un plan d’action pour une reconversion graduelle d’une économie primaire basée sur la plantation du Cannabis en tissu industriel prometteur à base de cette plante. Ceci, tout en oeuvrant pour la réhabilitation des milliers de personnes qui font l’objet d’avis de recherche pour trafic de stupéfiants.

Pour la province d’Al hoceima, outre le volet économique qui est désormais pris avec beaucoup plus de sérieux, l’accent doit être mis sur la nécessité de préparer les conditions objectives pour une amnistie dont bénéficierait à court terme la totalité sinon la majorité des prisonniers du Hirak.

En parallèle, la mise à l’écart de ceux qui ont extorqué les populations locales et arnaqué l’Etat doit se poursuivre avec une cadence plus élevé.

En somme un développement «glocal» se basant sur une synergie entre le global et le local ne peut être imaginé sans l’existence d’un environnement serein marqué par la cohésion sociale et au sein duquel se retrouverait la population toutes catégories confondues.

Dans ce sens, un développement qui ne tient pas compte de l’importance des dimensions éthniques et culturelles et n’intègre pas dans ses équations des variables non quantifiables telles que l’état psychologique des populations, le degré des traumatismes etc… n’aura rien de durable et restera un développement tronqué incapable de faire sortir notre pays de la spirale du sous- développement.